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Promenades dans les expositions parisiennes

mes visites dans les expositions de Paris (et d'ailleurs)

« Mai 1968, l’architecture aussi ! » à la Cité de l’architecture (et le portail de la cathédrale de Metz)

Les années 1960 et 1970 ont vu un profond bouleversement de l’organisation de l’enseignement de l’architecture en France. Dès le début des années 1960, il était clair que le système d’enseignement intégré à l’école des Beaux-arts, avec ses ateliers, ses traditions potaches et son incapacité à aborder les questionnements contemporains de l’architecture, et couronné par le concours du Prix de Rome, était à bout de souffle.

Les élèves en architecture étaient d’ailleurs extrêmement actifs dans le mouvement de mai 1968 (dont on se souvient que les Beaux-arts furent un des épicentres, avec notamment le légendaire atelier qui a produit tant d’affiches inoubliables, et que l’école a été évacuée par les forces de l’ordre seulement à la mi-juin), et ensuite ont continué à être très impliqués dans de nombreux mouvements sociaux au tournant des années 1960 et 1970…

Le système d’enseignement a été réformé en décembre 1968, avec la création des UP, unités pédagogiques d’architecture, désormais indépendantes des beaux-arts, qui se sont structurées avec un corps enseignant renouvelé, rajeuni, et souvent désireux d’ouvrir l’architecture et l’enseignement vers les sciences humaines, vers l’innovation technologique, vers de nouvelles problématiques telles que les questions environnementales ou tout simplement la question du logement social ou des architecturales locales et vernaculaires.

L’exposition vise à rendre compte de cette effervescence intellectuelle, de cette recherche de renouvellement de l’enseignement de l’architecture, mais aussi de renouvellement de la discipline elle-même. Mais à la fin des années 1970, les changements apparaissent partiels, tant sur la place de l’architecte dans la société (ou tout simplement dans l’acte de construire) que parce que le poids des grands architectes installés représente toujours une influence majeure dans le débat architectural...

Une exposition très intéressante, un peu foisonnante, mais riche de questions qui restent encore ouvertes aujourd’hui !

 

J’en profite pour recommander une petite exposition dans la galerie des moulages du musée, extrêmement intéressante, intitulée « Architecture et pouvoir, un portail pour la cathédrale de Metz » : les péripéties de la construction progressive de cette cathédrale à travers les siècles en avaient fait un chef d’œuvre gothique, mais ne disposant pas d’entrée sur sa façade occidentale.

Sous Louis XV, en 1764,, un portail est finalement ajouté, en lien avec un vaste projet urbain de l’architecte Jacques-François Blondel restructurant tout l’environnement de la cathédrale et de la place d’Armes ; notamment pour des raisons financières, ce portail est d’architecture classique, de sorte qu’il sera critiqué dès le début du XIXe siècle en raison de l’opposition radicale des styles architecturaux.

Après l’annexion de Metz au Reich prussien en 1871, un incendie en 1877 donnera le prétexte pour une restauration de la cathédrale, par un architecte allemand, Paul Tornow, élève de Viollet-le-Duc (dont on sait à quel point il s’est passionné pour l’architecture gothique au point de considérer la « cathédrale du XIIIe siècle » comme le sommet indépassable de l’architecture ; cette cathédrale mythifiée servira par ailleurs de modèle pour la cathédrale de Lille, mais c’est une tout autre histoire – quoiqu’exactement à la même époque). Ce chantier de plus de 25 ans comprendra notamment une surélévation des toitures, mais aussi le démontage soigneux du portail classique et la création d’un portail gothique, inauguré en 1903 (et avec une statut du prophète Daniel sous les traits de l’empereur Guillaume 1er : la moustache en croc caractéristique en sera martelée plus tard pour supprimer la ressemblance, mais pas par les Français après le retour de la Lorraine dans le giron national ; ce seront les nazis, dès août 1940 après leur conquête de la France, qui feront supprimer cette moustache, probablement parce qu’ils ne supportaient pas l’idée qu’un prophète juif puisse ressembler à un empereur allemand…).

Une petite exposition, mais très riche et absolument passionnante !

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L
Sur Métropolitiques, un article qui apporte une vision complémentaire sur la réforme de l'enseignement de l'architecture, en mettant l'accent sur les relations entre l'école des beaux-arts à Paris et les écoles régionales d'architecture : https://www.metropolitiques.eu/Relire-Mai-68-et-l-enseignement-de-l-architecture-La-longue-gestation-d-une.html
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