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Promenades dans les expositions parisiennes

mes visites dans les expositions de Paris (et d'ailleurs)

Alphonse Mucha au musée du Luxembourg

Il n’est pas vraiment nécessaire de présenter Mucha, artiste tchèque (1860-1939), dont les affiches sont de véritables icônes de la période de l’Art nouveau, mondialement connues.

Il connaîtra en effet un succès énorme à cette période, et son style, très reconnaissable (même s’il a été abondamment copié), permet vraiment de définir les caractéristiques de l’Art nouveau : le goût de la courbe sinueuse, l’inspiration des motifs végétaux et floraux, des femmes idéalisées et alanguies. Et le médium de l’affiche se traduit aussi par les formes tracées au trait (permettant un rendu de qualité à la lithographie), le choix de formats parfois originaux (notamment des formats verticaux allongés, représentant un personnage unique, que Mucha utilisera d’abord pour ses affiches de théâtre pour Sarah Bernhardt. Mucha a aussi beaucoup utilisé la « composition Q », c’est-à-dire une femme assise dans un cercle, les jambes formant la queue de la lettre… C’est extrêmement joli, adorablement décoratif.

Mais ça pose question, car c’est malgré tout relativement répétitif, ça vire un peu au procédé. Et l’exposition fait aussi l’impasse sur le fait que l’Art nouveau a été un vaste mouvement artistique embrassant toute l’Europe, sur la courte période de la deuxième moitié des années 1890 ; et elle ne dit rien sur les liens éventuels, les possibles influences entre Mucha et les autres artistes de la mouvance Art nouveau (pas un seul nom n’est cité)…

On s’interroge encore un peu plus, quand on constate que son style n’a absolument pas évolué ensuite, totalement indifférent aux révolutions picturales qui se sont succédé tout au long des années 1900, 1910, 1920, 1930. En-dehors de la production proprement commerciale, Mucha a aussi peint pour exprimer sa vision spirituelle et philosophique, et cette partie de son œuvre apparaît fort proche des symbolistes, dont l’heure de gloire avait été à l’époque de la jeunesse de Mucha. En fait, quand on voit ses œuvres de 1902, et qu’on pense qu’alors Picasso (qui a vingt ans de moins que Mucha) était en pleine « période bleue » (je ne peux à ce sujet qu’encourager à aller visiter la superbe exposition du musée d’Orsay « Picasso, bleu et rose »), le contraste est saisissant, on se dit vraiment que l’un est du XXe siècle, mais que l’autre est du XIXe siècle.

A partir de 1910, Mucha retourne à Prague, et son patriotisme se réjouira de la naissance de la Tchécoslovaquie indépendante après la première guerre mondiale. Sa peinture se veut elle aussi patriotique, cherchant les motifs slaves, en particulier dans un cycle monumental, « l’épopée slave » (trop grand pour être déplacé, il est resté à Prague, mais l’exposition en montre un diaporama qui permet d’imaginer l’œuvre). Mais ce style à mi-chemin entre symbolisme et art nouveau, appuyé sur une technique extrêmement classique, ne réussit pas à dépasser le sentiment qu’il s’agit de propagande (et pas si loin plastiquement du réalisme socialiste, même si le message en est un peu différent…).

Bref, une jolie exposition, fort intéressante, et qui met en évidence à quel point Mucha, qui a su complètement incarner l’esprit du temps à la Belle époque, n’a pas su se renouveler picturalement et a fait du sur-place à une époque ou la peinture a ouvert tant de nouvelles perspectives...

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