Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Promenades dans les expositions parisiennes

mes visites dans les expositions de Paris (et d'ailleurs)

« Rouge » au Grand palais

L’exposition vise à présenter l’évolution de la scène artistique en Russie soviétique, de la révolution de 1917 à la mort de Staline en 1953. Les deux étages du bâtiment permettent d’insister sur une dichotomie affirmée entre deux périodes, séparée par la prise du pouvoir absolu par Staline, entre 1927 et 1929.

La première période est assez complexe à comprendre, marquée par de nombreux groupes, à l’existence parfois éphémère, où se croisent les influences et les conceptions artistiques : si l’objectif de propagande (promouvoir les idées révolutionnaires auprès des masses, par des moyens qui permettent de les toucher – affiches, événements dans l’espace urbain, théâtre dans des usines, etc.), mais également proposer des formes d’objets quotidiens adaptés aux besoins de la société nouvelle en cours de construction) n’est clairement pas négociable, les formes sont assez variées, depuis les modernistes issus notamment du suprématisme et du constructivisme jusqu’aux peintres plus traditionnels, venant du « réalisme russe » et de sa technique post-impressionniste ou symboliste, qui renouvellent leurs sujets pour correspondre aux thématiques révolutionnaires. L’exposition fait bien sentir la tension entre une grande créativité formelle (architectures imaginaires, photo-montages, théâtre de Meyerhold fondé sur une théorie de la « biomécanique », cinéma avec des cadrages et des montages très élaborés et très frappants) et des thématiques très contraintes, qui réduisent fortement le choix des sujets (d’ailleurs, l’abstraction est à peu près bannie) et la façon de les traiter.

La deuxième partie de l’exposition, sur les années 1930 où est imposé le réalisme socialiste, donne un sentiment d’effarement : non seulement les thèmes relèvent de la propagande la plus simpliste et la plus grandiloquente, glorifiant Staline et présentant un peuple unanime marchant dans l’enthousiasme vers un avenir radieux, mais les formes sont marquées par un retour à l’académisme, souvent parfaitement inintéressant du point de vue pictural ou cinématographique. On peut néanmoins être séduit par telle ou telle œuvre, parce qu’elle est formellement réussie, ou parce qu’on y décèle un détail qui s’écarte un peu de la doxa du réalisme socialiste (par exemple une once de sensualité alors que le réalisme socialiste ne promeut que des corps asexués dans la société collectiviste…).

Une exposition très bien construite et passionnante !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article