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Promenades dans les expositions parisiennes

mes visites dans les expositions de Paris (et d'ailleurs)

« Allemagne, années 1920 » au centre Pompidou

Le centre Pompidou propose une exposition sur l’Allemagne des années 1920, et a choisi une approche relativement complexe. L’exposition combine en effet deux dimensions : d’une part un panorama du mouvement de la « Nouvelle objectivité », qui a dominé cette période en Allemagne, en réaction notamment contre l’expressionnisme d’avant-guerre ; d’autre part une présentation de la démarche du photographe August Sander (photographe dont on avait eu un bon avant-goût dans une exposition du Mémorial de la Shoah en 2018). C’est ce qui explique le titre complet de l’exposition, un peu étonnant par sa longueur et ses barres de fraction : « / Allemagne / Années 1920 / Nouvelle Objectivité / August Sander / »).

La Nouvelle objectivité, donc, après le terrible traumatisme de la Première guerre mondiale, adopte une démarche totalement inverse de l’expressionnisme. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’expression des sentiments disparaît, on s’intéresse beaucoup aux choses, on représente les personnes en s’intéressant à leur aspect extérieur, à ce qu’elles font plutôt qu’à ce qu’elles sont, ou encore en en faisant les membres indifférenciés d’un groupe, sans individualité propre. Cette mise à distance a été la solution trouvée pour faire face aux traumatismes de la guerre puis de l’inflation, et ensuite de l’énergie débridée des années folles, où l’économie et l’industrie ont connu un dynamisme extraordinaire (et qui intègre des démarches de standardisation et de conception comme celle du Bauhaus), et où Berlin brillait par ses spectacles, ses fêtes, ses excès, sa liberté sexuelle…

August Sander, lui, est plutôt de la génération antérieure à celle des principaux artistes de la Nouvelle objectivité, car il est né en 1876 (et il mourra en 1964, bien après les années 1920 et après avoir traversé difficilement la période nazie et la Seconde guerre mondiale). Photographe commercial à Cologne, il s’est nourri de son activité de portraitiste pour construire un projet de représentation de la société allemande de son temps et des « visages du XXe siècle ». Qu’il photographie des célébrités ou des anonymes, des bourgeois ou des miséreux, il garde toujours la même distance et le même respect, sans aucun pathos, rejoignant en cela l’esprit de la Nouvelle objectivité. L’objectif est d’une certaine manière documentaire, en classant les photos selon la classe et la profession (les commissaires d’exposition n’ont pas osé traduire le mot « Stände » par « états », ce qui a une connotation d’ancien régime, mais correspond sans doute assez bien à la vision de la société de Sander). Ce très bel ensemble réunit des photos des années 1910 aux années 1940 (l’arrivée du nazisme l’a conduit à introduire de nouvelles catégories dans son projet).

Les deux axes de l’exposition se montrent ainsi finalement très convergents, montrant l’étrange cocktail entre les folies LGBT berlinoises et le conservatisme et paysans de Rhénanie ou la misère des anciens combattants.

L’exposition est très dense et très riche (prévoyez deux heures si vous voulez tout regarder avec un peu d’attention), et met remarquablement en évidence les interrogations d’une société dont tous les repères ont été détruits, et qui glissera finalement vers le cataclysme de l’hitlérisme...

Superbe et passionnant, sans doute une des expositions majeures de la saison !

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